L'utopie d'Apsara / Episode 1

 

Chacune de nos collections donne naissance à une fiction néo-futuriste. Notre utopie. Un fantasme de la société à laquelle nous aspirons, relatant notre quête d'idéal. Cette histoire puise dans les recherches que nous avons menées et incarne la collection Apsara. Nous écrivons l’ode de notre collection, notre apologue de créateur, l'histoire d'Oblique.

Découvrez le prologue de l'utopie. En 2292, la quinzième Maharani de Jaipur inaugure le projet qu’elle a mené à bien, Apsara, le palais solaire des eaux. Elle présente le centre de recherche hydraulique le plus pointu au monde en avant-première à un groupe d'invités internationaux composé de personnalités publiques, de partenaires, d'investisseurs, d'universitaires, de chercheurs ou encore de la presse...

 

  RAMBHA BAÔLI, LE PUITS À DEGRÉS INÉPUISABLE 



Le groupe de convives fait face au Rambha baôli. Il est installé au pied d’Apsara. L’ensemble du complexe est destiné aux chercheurs, seul le puits à degrés est accessible et destiné à recevoir du public. Les baôlis sont des puits à degrés très courants en Inde, particulièrement dans les régions de l’ouest du pays. Ces cavités profondes sont creusées dans la terre pour recueillir l’eau, dont le niveau dépend des pluies. Ce sont des sources d’eau potable et des lieux sacrés. Ils permettent les ablutions et les bains rituels.

Contrairement aux puits à degrés traditionnels, celui-ci n’est pas à ciel ouvert. De l’extérieur, c’est un immense cube d’un blanc immaculé au toit plat sur lequel les reflets du soleil se brisent en mille éclats. La structure en grès blanc est surmontée d’un chhatri unique, un pavillon à baldaquin coiffé d’un dôme. Les invités pénètrent dans le bâtiment, guidés par la 15è Maharani de Jaipur. La porte d’entrée en verre et en métal est protégée par un avant-toit curviligne aux pointes saillantes en grès rouge, un chhajja. En s’approchant du bâtiment, on distingue sur tout l'édifice de fines incrustations de grès rouge abstraites purement ornementales.

L’entrée donne directement sur une galerie très large parsemée de colonnes qui fait le tour du bâtiment. À une quinzaine de mètres en face, on aperçoit la seule source de lumière, qui scintille au plafond au centre de cette pièce unique. La galerie semble plongée dans la pénombre, même le verre de la porte d’entrée donnant sur l’extérieur est traité pour arrêter la lumière. Les parois sont serties de mosaïques représentant le mythe du Barattage de la mer de lait, épisode cosmologique de l’hindouisme. Elles sont composées de fragments de verre colorés, de morceaux de miroir, d’incrustation de marbre et de carreaux de céramique... Elles font le tour du bâtiment et représentent les êtres merveilleux nés de ce mythe. La lumière se reflète sur le marbre blanc et les morceaux de miroirs qui contrastent nettement avec d’autres carreaux composés d'une matière étrange, noire et mate. 

 

L’air est dense, gorgé d’humidité. Dès l'entrée dans le Rambha baôli, de fines gouttelettes se forment sur la peau. Le souffle se ralentit et se fait plus profond. La Maharani porte une veste aux découpes sophistiquées en sergé de coton et lin dont les fibres se détendent  très légèrement sous l’effet de l’humidité. Les corps s’alourdissent. Les expressions faciales se relâchent. La pesanteur de l'atmosphère est d’autant plus prégnante que le silence règne. Hormis la respiration des personnes présentes, on entend au loin un bruit lent, qui se répète. Un bruit circulaire, quelque chose qui se rapproche et s'éloigne inlassablement. L’air lourd et ce chant inconnu, bercent les corps délassés. 

En approchant des colonnes, on découvre des pales géantes qui tournoient autour de la lumière centrale. Leur mouvement immuable dessine un cercle parfait. La partie supérieure de l’édifice est d’un blanc éblouissant éclairant la totalité du puits. Une cuve d’une profondeur inouïe entrecoupée d’une infinité d’escaliers. Le puit est monumental, les escaliers innombrables mais ce qui interpelle le plus c'est leur mystérieuse composition. C'est le même matériau obscur que celui des mosaïques. La trémie du puits est divisée en d'innombrables étages où les volées d'escaliers creusent les parois jusqu’à atteindre l’eau. Les lignes des marches, une succession de diagonales descendantes, rappellent les découpes de la veste de la Maharani qui nous invite à descendre pour rejoindre l’eau. Une eau noire qui tapisse le fond du puits.

Dès les premières marches, nos pieds s'enfoncent dans ce matériau non identifié, légèrement mou. C’est un bio-polymère qui d’après la Maharani serait issu de végétaux. Au fur et à mesure de ses explications, nous nous engouffrons dans la cavité obscure. L’air devient de plus en plus sec, la température augmente. La chaleur semble se dégager du bio-polymère. L’intérêt de tapisser le fond du puits avec ce lit sombre serait de réchauffer la basse couche de l’air. Plus ses explications se complexifient, plus l’air devient aride, plus la présence des pales virevoltant avec monotonie se fait oppressante... Nous arrivons enfin au niveau de l’eau. Il fait au moins 45 °C. La Maharani, qui s’est bien gardée de descendre, nous incite à boire à la source. Les mains s’enfoncent dans l'obscurité pour en extraire le précieux liquide. Une fois dans nos paumes, il révèle toute sa limpidité.

Alors que tous se désaltèrent, le ventilateur jusqu’ici très calme semble s’accélérer. La Maharani regarde cette merveilleuse machine avec un grand sourire. Elle tend la main vers ses ailes qui s’emballent. La silhouette sculpturale de sa veste beige, rappelant les tonalités les plus claires du grès local, se découpe par contraste sur les escaliers ténébreux. On discerne des filets vaporeux étranges s'infiltrer des galeries jusqu’au centre de la pièce, comme appelés par le ventilateur. C’est de la vapeur qui passe outre la Maharani pour se concentrer au-dessus de nos têtes. Un épais brouillard se forme, cette masse inquiétante vient renforcer le sentiment d'écrasement procuré par la chaleur.

Les yeux tournés vers le ciel, quelque chose percute mon œil. C’est une gouttelette. Elle est bientôt suivie par des milliers d’autres qui nous submergent. La Maharani exulte. L’eau tombe du plafond de la pièce où s’est formé un nuage.  Elle s’écrase sur le bio-polymère et ruisselle jusqu’au fond du puits. Les eaux torrentielles font monter le niveau du puits à vue d'œil, nous obligeant à remonter de quelques marches. La pluie finit par nous tremper. Nous nous trouvons au cœur du premier générateur de mousson artificiel. Le Rambha baôli porte bien son nom de puits à degrés inépuisable. La Maharani nous propose de visiter le laboratoire d’Apsara, le centre de recherche Tilottama, juste avant de nous fournir du linge pour nous sécher.

 

Le prochain épisode dans un mois.

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