L'utopie d'Apsara / Episode 2

 

Chacune de nos collections donne naissance à une fiction néo-futuriste. Notre utopie. Un fantasme de la société à laquelle nous aspirons, relatant notre quête d'idéal. Cette histoire puise dans les recherches que nous avons menées et incarne la collection Apsara. Nous écrivons l’ode de notre collection, notre apologue de créateur, l'histoire d'Oblique.

Découvrez le prologue de l'utopie ou l'épisode précédent. En 2292, la quinzième Maharani de Jaipur inaugure le projet qu’elle a mené à bien, Apsara, le palais solaire des eaux. Elle présente le centre de recherche hydraulique le plus pointu au monde en avant-première à un groupe d'invités internationaux composé de personnalités publiques, de partenaires, d'investisseurs, d'universitaires, de chercheurs ou encore de la presse...

 

  TILOTTAMA, LE LABORATOIRE D’INGÉNIERIE HYDRAULIQUE 

 

Le passage par l’extérieur, entre le puits à degrés et le palais d’Apsara, se fait sous le soleil de plomb qui permit aux dernières traces d’humidité de s’évaporer. Les visiteurs se rendent au laboratoire d'ingénierie hydraulique, Tilottama, le cœur du palais. Ce haut lieu de la recherche dédié à l’eau est composé d’un espace central aux multiples mezzanines et de quelques open space latéraux qui s'étendent sur plus de 1500 m². En plus des laboratoires, Apsara abrite un complexe dédié à accueillir des ingénieurs du monde entier dans les meilleures conditions imaginables. La Maharani nous présente cet institut, le plus pointu qui soit dans le domaine hydraulique. Le dernier à rejoindre les centres relatifs à l’eau sous l’égide de l’UNESCO.

L’espace central du laboratoire se caractérise par une hauteur sous plafond d’une soixantaine de mètres. Des dizaines de plateformes en métal aux tailles diverses sont reliées par des passerelles et des escaliers. Chaque plateforme semble être un espace de travail muni de son propre équipement, certains semblent être destinés à des groupes, d’autres à des individus seuls. De prestigieux laborantins et laborantines issus des plus grands centres de recherches sur l’eau au monde travaillent et déambulent. Ils sont originaires du Centre sur l'Eau pour le Développement Durable et l'Adaptation aux Changements Climatiques (WSDAC) de Belgrade, du Centre régional sur la gestion des eaux urbaines (RCUWM) de Téhéran ou encore du Centre régional pour la gestion des aquifères partagés (RCSARM) de Tripoli, pour ne citer qu’eux. 

Les regards posés sur ce réseau flottant, presque chimériques, dignes d’une illusion d’Escher, sont inexorablement attirés par une lumière vive. Les yeux légèrement plissés, les convives découvrent ébahis un jali gargantuesque. Un écran de métal découpé qui s’étend jusqu'au plafond de la salle. À l'origine, ces fenêtres sculptées dans la pierre étaient conçues pour les zenanas, les palais musulmans destinés aux harems, permettant aux femmes de voir le monde extérieur sans être vues. Celui-ci, en revanche, a pour unique fonction de protéger des éléments naturels tout en permettant la circulation de l’air. L’écran de métal est découpé par de multiples formes organiques. En le regardant attentivement, on croirait que le claustra est vivant. Les forment qui le composent se dilatent à certains endroits, et se contractent à d’autres, altérant la quantité de lumière qui pénètre dans l’open space. C’est comme si le jali respirait. La Maharani nous explique qu’il s’agit d’une installation autonome composée de cellules photoélectriques permettant un dosage de la lumière en fonction de l’ensoleillement.

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Écran ajouré [jali], Inde du Nord, Rajasthan, seconde moitié du 18e siècle, grès rose, Musée nation des arts asiatiques - Guimet.

 

Un jeune homme s’approche avec un plateau de marbre sur lequel trônent des capsules translucides aux allures de bulles. La Maharani saisit l’une d’entre elles. Sa membrane se contracte légèrement sous la pression de ses doigts. Elle glisse avec élégance la capsule dans sa bouche. Il semblerait que la membrane soit composée d’une algue comestible et biodégradable, gélifiée qui se désagrège dans le palais pour libérer l’eau qu’elle emprisonne. Mon attention se détache des explications de la Maharani et s’attarde sur la manche complexe de sa veste. Je constate que comme certains et certaines convives, la Maharani s’est changée. La manche est un travail de coupe complexe. La finition au poignet est détachée du reste de la manche et parait surélevée. Cela finit par me rappeler les innombrables passerelles au-dessus de nous, sur lesquelles mon regard finit par errer.

Au gré des déambulations dans le laboratoire, la Maharani présente des projets dédiés à la recherche sur l’énergie hydraulique, l’hydrologie, l’hydrogéologie ou encore l’hydromécanique… C’est avant tout les innovations relatives à l’accès à l’eau potable qui suscitent le plus de curiosité. La Maharani présente des systèmes d’épuration, de dessalement et de filtration individuels, parfois déclinables à grande échelle. Chacun vise l'autonomie énergétique au mieux, ou tout au moins un fonctionnement le moins énergivore possible. Au fond du laboratoire, trois imprimantes 3D travaillent sans relâche pour produire des injecteurs de chlorine. Une innovation low-tech permettant de désinfecter et de purifier l’eau, qui sera distribuée à chaque habitation de la région où la sécheresse sévit encore une fois avec violence. 

La technologie la plus prometteuse est portée par une microbiologiste ghanéenne, spécialiste d’un organisme vivant unicellulaire au nom imprononçable, et d’un ingénieur libanais spécialisé dans la captation d’hydrogène dans l’atmosphère. Ce duo s’est rencontré lors de leurs études à l’université privée de Jaipur fondée par le père de la Maharani et cherche à développer un capteur d’eau atmosphérique manuelle. La jeune chercheuse saisit un tube en inox posé sur le bureau, leur premier prototype récemment achevé. Elle le dévisse pour présenter la partie inférieure à l’assemblée, c’est un réceptacle vide. C’est dans la partie supérieure que se trouve le capteur. Elle revisse le tube avant de le secouer énergiquement quelques minutes. Elle finit sa démonstration en présentant à nouveau le réceptacle remplie d’eau, avant d’en boire le contenu. Plusieurs invités tentent l’expérience et goutte à l’eau récoltée par le capteur, alors que la Maharani évoque les possibilités qu'offrirait une telle technologie à plus grande échelle.

On nous dirige ensuite vers les escaliers pour rejoindre le dédale de passerelles. Nous rencontrons plusieurs chercheuses et chercheurs qui présentent leurs projets plus ambitieux les uns que les autres. Au fur et à mesure que l’on s’élève dans ce parcours labyrinthique, je découvre des parois finement sculptées en nid d’abeille alternant entre grès rouge, grès rose sablé et marbre blanc. De dos, la Maharani mène le groupe avec grâce. Sa veste, plus particulièrement l’empiècement suspendu au niveau des épaules, dialogue avec la succession d’arches. Nous arrivons alors à la plus haute plateforme qui mène en définitive vers les remparts solaires d’Apsara.

 

 

Le prochain épisode dans un mois.

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